La ville de Tréguier

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Bâtie en amphithéâtre sur un versant au pied duquel s’unissent le Jaudy et le Guindy pour former, gonflés par la marée, le bel estuaire (ou ria) appelé rivière de Tréguier, riche d’une histoire de quinze siècles et d’un patrimoine exceptionnel portant lui-même sur plus de huit siècles, Tréguier, ville sainte de la Bretagne, offre à ses visiteurs son ensemble épiscopal unique, ses maisons à colombages, ses belles demeures d’armateur, ses ruelles étroites, ses jardins intérieurs dévoilés par les portes cochères entrebâillées. 

Un bijou amoureusement décrit par Ernest Renan, Henri Pollès, Anatole Le Braz et tant d’autres.

La Cathédrale
Saint-Tugdual

Chef-d’œuvre de l’architecture gothique bretonne, cet ensemble épiscopal se distingue par l’alignement original de ses trois tours : la tour romane d’Hasting (XIIe siècle), la tour du Sanctus et le clocher principal. Ce dernier, culminant à 63 mètres, possède une flèche en pierre ajourée de motifs de jeux de cartes (trèfle, carreau, cœur), financée par Louis XVI via la loterie royale. Elle abrite le tombeau de saint Yves, saint patron des avocats et de la Bretagne, dont la renommée attire des pèlerins depuis le XIVe siècle.

La Maison natale d’Ernest Renan

Située au n° 20 de la rue éponyme, cette bâtisse du XVIIe siècle est classée Monument Historique et labellisée « Maison des Illustres ». C’est ici que naquit le célèbre philosophe et écrivain en 1823. L’architecture est singulière : une façade à pans de bois côté rue et une structure en pierres composites côté jardin. Devenue musée national en 1947, elle est dédiée à la vie et à l’œuvre de l’auteur de la « Vie de Jésus ». Un jardin restauré à l’arrière complète ce lieu de mémoire intellectuelle.

Les Maisons à
pans de bois

Tréguier possède l’une des plus fortes densités de maisons à pans de bois en Bretagne, avec 57 édifices recensés, principalement des XVe et XVIe siècles. Ces demeures se caractérisent par leurs soubassements en pierre et leurs étages en encorbellement. Bien qu’influencées par les styles de Guingamp ou du Goëlo, elles présentent une grande variété architecturale. Parmi les plus notables figurent la « maison du tisserand » et celles de la rue Renan, dont certaines servaient autrefois de greniers à grains pour surveiller l’activité portuaire.

L’Hôtel de Ville
(Ancien Évêché)

Installé dans une partie de l’ancien palais épiscopal, l’Hôtel de Ville abrite la salle d’honneur, qui servait autrefois de salle synodale. Ce lieu prestigieux, inauguré en 1923, se distingue par son escalier de pierre monumental et ses hommages aux grandes figures bretonnes. L’architecture témoigne de la puissance passée du diocèse de Tréguier. À proximité, sur la place du Général Leclerc, se dresse « La Pleureuse », un monument aux morts sculpté par Francis Renaud, représentant une femme en tenue traditionnelle (touken).

Le Cimetière Saint-Fiacre

Situé au nord de la place des Halles, ce vieux cimetière est un lieu de repos pour de nombreuses personnalités liées à l’histoire locale. On y trouve les sépultures de l’écrivain Henri Pollès, de la famille d’Anatole Le Braz, ainsi que de Madame Taupin, figure de la période révolutionnaire. Le site abrite également un carré militaire où reposent 83 soldats allemands de la Première Guerre mondiale. Il offre un point de vue dégagé sur les tours de la cathédrale, soulignant l’atmosphère solennelle du quartier.

Le Bois du Poète

Anciennement rattaché aux jardins de l’évêché qui descendaient jusqu’à la rivière, cet espace vert est désormais dédié à la mémoire d’Anatole Le Braz. On y trouve une stèle funéraire réalisée en 1922 par Armel Beaufils en hommage à l’écrivain breton. Ce bois, situé en contrebas du palais épiscopal, constitue un vestige des vastes domaines ecclésiastiques qui occupaient autrefois la ville. Il témoigne de la transition entre le patrimoine religieux monumental et les espaces naturels bordant le Jaudy et le Guindy.

Le Cloître

Adossé à la cathédrale, ce cloître gothique construit entre 1450 et 1479 est l’un des mieux conservés de Bretagne. Il se compose de 46 arcades ogivales entourant un jardin intérieur paisible. Véritable galerie de pierre, il abrite de nombreux gisants de chevaliers et de dignitaires religieux du XVe au XVIIe siècle. Son architecture élégante servait autrefois de lieu de déambulation et de prière pour les chanoines. C’est un témoignage exceptionnel de la richesse artistique de l’ancien évêché, classé Monument Historique dès 1862.

Le Port de Plaisance

Situé au confluent du Jaudy et du Guindy, le port est le poumon maritime de la cité. Historiquement tourné vers le commerce de céréales et la pêche à la morue, il est aujourd’hui un port de plaisance dynamique de plus de 300 places. Abrité au fond d’une ria, il offre un spectacle permanent où se mêlent vieux gréements et voiliers modernes. L’activité portuaire a façonné l’économie de Tréguier, reliant la ville à la mer de la Manche située à seulement quelques milles, tout en offrant une protection naturelle contre les tempêtes.

Le Calvaire de la Réparation

Dressé sur les quais en 1904, ce calvaire monumental fut érigé par les milieux catholiques en réponse à l’inauguration de la statue d’Ernest Renan, jugée provocatrice à l’époque. On y trouve des inscriptions en breton et des sculptures représentant saint Yves et d’autres saints locaux. Ce monument témoigne des tensions idéologiques fortes qui ont marqué la ville au début du XXe siècle entre les « Blancs » (cléricaux) et les « Bleus » (républicains). C’est une pièce maîtresse du patrimoine religieux et social de la cité.

Le Théâtre de l’Arche

Situé place de la République, cet équipement culturel majeur occupe un bâtiment à l’architecture contemporaine intégrée. Il est le centre de la vie artistique trécoroise, proposant une programmation variée allant de la musique au théâtre en passant par la danse. Bien plus qu’une simple salle de spectacle, l’Arche symbolise le renouveau culturel de Tréguier et son rayonnement dans le Trégor. Il fait écho à la longue tradition intellectuelle de la ville, offrant un espace de création moderne au sein d’une cité chargée d’histoire.

La Place du Martray

Cœur névralgique de la ville, cette place centrale est bordée par la cathédrale et de magnifiques maisons à pans de bois. Elle est marquée par la présence de la statue d’Ernest Renan, dont l’installation en 1903 déclencha une célèbre polémique nationale. Historiquement, le Martray était le lieu des exécutions (d’où son nom lié au martyre) mais aussi le centre des échanges commerciaux et des foires. Aujourd’hui, elle reste le point de ralliement des Trécorois lors du marché hebdomadaire et des grandes fêtes traditionnelles comme le Pardon de Saint-Yves.

Le Petit Séminaire

Imposant édifice situé en surplomb de la ville, le Petit Séminaire témoigne de la vocation scolaire et religieuse de Tréguier. C’est ici qu’Ernest Renan commença ses études avant de partir pour Paris. Le bâtiment, avec ses vastes façades austères, a formé des générations de clercs et d’intellectuels trégorrois. Il symbolise l’influence intellectuelle de la cité, qui fut longtemps surnommée « un nid de prêtres » par Renan lui-même. Son architecture massive domine encore le paysage urbain, rappelant le passé de cité épiscopale.

La Rue Ernest Renan

Anciennement « Grande Rue », cette artère est l’axe historique le plus emblématique de Tréguier. Elle descend de la cathédrale vers le port et concentre les plus belles demeures médiévales et de la Renaissance. Ses maisons, aux façades sculptées et aux étages en saillie, abritaient autrefois les riches marchands et les dignitaires de l’église. La rue porte aujourd’hui le nom du plus célèbre enfant de la ville. Elle constitue un véritable musée à ciel ouvert, illustrant l’évolution des techniques de construction à pans de bois sur plusieurs siècles.

Le Couvent des Augustines

Édifié au XVIIe siècle, ce couvent accueillait des religieuses hospitalières chargées de soigner les malades de l’Hôtel-Dieu. L’ensemble architectural, remarquable par sa sobriété et sa rigueur, comprend une chapelle et des bâtiments conventuels organisés autour d’une cour. Il illustre la multiplication des institutions religieuses à Tréguier après la Contre-Réforme. Aujourd’hui réhabilité en résidence et espaces culturels, il conserve son atmosphère sereine et témoigne du rôle social crucial que jouaient les congrégations dans la vie de la cité.

Le Monument aux Morts (La Pleureuse)

Érigé sur la place du Général Leclerc, ce monument est l’œuvre du sculpteur Francis Renaud (1921). Contrairement aux monuments héroïques classiques, il représente une « Pleureuse » (Goure’chered) vêtue de la faille de deuil traditionnelle du Trégor. Cette femme, au visage marqué par la douleur, symbolise le sacrifice des enfants de Tréguier lors des grands conflits. Cette œuvre est considérée comme l’une des plus émouvantes de Bretagne par son réalisme et son ancrage dans la culture locale, loin de toute glorification guerrière.

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