Fondation de Tréguier

Tréguier doit son existence au moine gallois Tugdual (connu également sous le nom de Pabu) et dont la légende dit qu’il fut élu pape. Il va dans les dernières années du 5ème siècle fonder un monastère prenant le nom de Lan Trecor, soit Landreger en breton, toponyme qui donnera, à partir du 14e siècle, son nom à la ville et à ses habitants, les trécorois.
Consacré évêque vers 542, Tugdual deviendra ainsi un des sept saints fondateurs de la Bretagne et Tréguier une des étapes du « Tro Breiz », pèlerinage à ces sept saints (Corentin, Patern, Pol Aurélien, Tugdual, Brieuc, Samson, Malo). Le Tro Breiz relie les sept évêchés (Vannes, Quimper, St-Pol-de-Léon, Tréguier, St-Brieuc, Dol-de-Bretagne, St-Malo) à raison d’une étape par an.
En 848, Nominoé, roi de Bretagne, fait de cet évêché abbaye un évêché séculier allant de Morlaix à Lézardrieux, dont il situe le siège à Tréguier, faisant ainsi de celle-ci la capitale historique du Trégor. Tréguier sera entièrement détruit par les Vikings au 9e siècle et abandonné par ses habitants. Le siège épiscopal devient vacant.
Un certain Gratien va relever une cathédrale à partir de 970. Elle sera dédiée cette fois à Tugdual, (la précédente en bois l’avait été à l’apôtre André, premier saint protecteur de la ville). Il ne reste de cette deuxième cathédrale que la tour romane appelée, on ne sait pourquoi, tour d’Hasting.
Moyen Age et Ancien Régime
Tréguier obtient le statut de ville en 1412. La période moyenâgeuse sera marquée par la construction de la cathédrale actuelle (1339-1435) puis du cloître (1450-1479).
La renommée et le culte de Saint-Yves (1253-1303), canonisé dès 1347 (premier saint breton officiel), va rejaillir sur Tréguier qui va devenir très rapidement après sa mort terre de pèlerinage. Nombre de grands personnages viendront y manifester leur dévotion : Charles de Blois, Du Guesclin, Anne de Bretagne, qui était déjà reine de France, en septembre 1505, François Ier en 1518.
L’aura intellectuelle de Tréguier commence à se manifester à partir du XIVe siècle avec l’ouverture dans le Quartier latin à Paris du collège de Tréguier destiné à recevoir les étudiants trécorois. Il disparaîtra sous Henri II pour devenir le Collège de France, celui-là même où Ernest Renan enseignera quelques siècles plus tard.
En mai 1485 s’ouvre à Tréguier la troisième imprimerie de Bretagne, après Bréhand-Loudéac (décembre 1484) et Rennes (mars 1485), nouveau témoignage de la vie intellectuelle et artistique. Y sera imprimé entre autres, en 1499, le « Catholicon », dictionnaire trilingue breton, français, latin.
Déjà pillée par les Anglais en 1346, Tréguier qui a choisi le camp loyaliste d’Henri IV va être à nouveau ravagée par les ligueurs du duc de Guise de 1589 à 1592. En compensation des peines endurées pour sa cause le roi fera tenir dans la petite ville les États de Bretagne en novembre 1607.
Pendant toute cette période, Tréguier connaîtra un développement économique et commercial limité en dépit de l’atout considérable que constitue son port. C’est une ville essentiellement intellectuelle et religieuse où les institutions vont se multiplier. Couvent de Saint-François sur la rive gauche du Guindy en 1483, collège pour les garçons dès le XVIe siècle, couvent des Ursulines en 1625 (éducation des filles), des Augustines en 1654 (religieuses hospitalières), séminaire tenu par les Lazaristes en 1655, couvent des Sœurs de la Croix en 1666 (enseignement des jeunes filles également), des Paulines en 1699 (éducation des jeunes filles pauvres). Ernest Renan la décrit ainsi : « un nid de prêtres et de moines, ville tout ecclésiastique, étrangère au commerce et à l’industrie, un vaste monastère où nul bruit du dehors ne pénétrait ».

Signalons la réalisation de la conduite d’adduction d’eau potable des sources de Creven en Plouguiel à la place du Martray (1610).
Et notons enfin la présence à Tréguier de 1775 à 1780 dans les bagages de Monseigneur de Lubersac, nommé évêque, du chanoine Emmanuel Sieyès, le futur « abbé Sieyès », auteur de la célèbre formule « Qu’est-ce que le tiers état ? Rien. Que doit-il être : tout ». Il ne marquera pas la vie trécoroise mais y trouvera le temps de l’étude et de la réflexion qui feront de lui dix ans plus tard un homme clé de la Révolution française.
Révolution
Cette période va voir la fin de l’évêché et de ses juridictions féodales à la suite de la décision de l’Assemblée Nationale de ne garder qu’un seul évêché par département (1790). Le nom de Tréguier sera toutefois accolé en 1852 à celui de l’évêché de St-Brieuc.
Divers évènements marqueront cette période troublée : exil en 1790 du dernier évêque Mgr Le Mintier avec son valet Taupin, exécution de l’épouse de ce dernier en mai 1794 place du Martray pour avoir caché deux prêtres réfractaires, saccage le même jour de la cathédrale par le tristement célèbre bataillon d’Etampes, traumatisme de la vente des biens nationaux (plus des deux tiers de la ville), expulsion des religieuses (Ursulines).
19ème Siècle

Siècle important dans l’évolution économique de la ville avec la construction de la passerelle Saint-François au-dessus du Guindy en 1834 (piétons et chevaux) et le premier pont Canada entre Trédarzec et Tréguier au-dessus du Jaudy en 1835. Jusqu’alors, les habitants des communes côtières alentour ne pouvaient rejoindre Tréguier qu’en utilisant les bacs, sauf à faire un détour par le village du Guindy pour cette rivière, par La Roche-Derrien pour franchir le Jaudy.
Ce siècle verra également une renaissance de la dimension religieuse avec la réouverture des Ursulines en 1806, la création d’une école ecclésiastique en 1816 et d’un petit séminaire en 1821 où Ernest Renan fera ses études.
Le port connaît un trafic important avec le passage de près de 350 navires par an au milieu du siècle. Tréguier sera aussi un port secondaire de la pêche à la morue.
L’écrivain Prosper Mérimée, chargé d’une mission sur le patrimoine français, fait engager de grands travaux de restauration de la cathédrale à partir de 1841.
Ce siècle sera également marqué par l’épidémie de choléra de 1832 : plus d’une centaine de morts pour la seule ville de Tréguier.
20ème Siècle
Il commence par une double confrontation entre laïcs (républicains ou Bleus de Bretagne) et religieux (cléricaux) à l’occasion, en 1903, de l’inauguration de la statue de Renan par le président du Conseil Émile Combes. Placée sur le tertre en face de la cathédrale, elle était considérée par les milieux catholiques comme une provocation. Ils y répondent en édifiant sur les quais, en 1904, un calvaire dit « de protestation » (ou de réparation). Les deux inaugurations furent pour le moins mouvementées.
L’arrivée du train en 1905 achève de désenclaver la ville. Tout en voyant sa population décliner, la ville va rester prospère jusqu’au début de la deuxième moitié du siècle grâce à l’activité portuaire d’une part (exportation de primeurs et céréales, importation de bois et de vin) et au développement du tourisme d’autre part. Le nouveau pont Canada (le troisième) est inauguré en 1954, quelques années après l’arrêt de l’exploitation de la ligne de chemin de fer. Un port de plaisance de plus de 300 places est créé à la fin des années 70.

Tréguier conserve sa tradition scolaire avec le développement de l’enseignement public dès le début du siècle. Un lycée (polyvalent et professionnel), deux collèges, deux écoles maternelles et primaires attirent près de deux mille scolaires et étudiants à Tréguier.
Dans le même temps, la riche activité culturelle fait honneur à la petite ville autour du Théâtre de l’Arche, des Mercredis en fête, du festival de musique baroque de Lanvellec et des activités proposées par plusieurs associations.
Petite cité par sa superficie mais grande par son histoire et sa richesse patrimoniale, Tréguier reste une ville aux multiples atouts.
Ces personnages qui ont marqués l’histoire de Tréguier

Saint-Yves (1248-1303)
Né en 1250 au manoir de Kermartin dans le « minihy » (terre d’asile) de la paroisse de Tréguier (commune actuelle de Minihy-Tréguier), il quitte Tréguier à l’âge de 14 ans afin de suivre divers cycles d’études à Paris puis à Orléans. Il devient en 1280 official (juge ecclésiastique) à Rennes. C’est là qu’il va avoir la révélation que le salut est dans l’ascétisme.
En 1284, il revient dans le Trégor à la demande de l’évêque de Tréguier, est ordonné prêtre en 1285 et est nommé à la cure de Trédrez puis de Louannec (1292) tout en poursuivant ses grandes prédications.
Il acquiert dès son vivant une réputation de sainteté. A sa mort, en 1303, va se développer immédiatement un culte profond qui débouchera dès 1347 sur sa canonisation. Saint patron des pauvres, St Yves est aussi celui des avocats et des gens de loi. Un important colloque juridique a lieu chaque année à Tréguier à l’occasion du Pardon.
Plus de six siècles après, celui-ci, qui a lieu le troisième dimanche de Mai (après avoir été longtemps célébré le 19 mai, jour anniversaire de sa mort), continue d’attirer une foule considérable de pèlerins venus de toutes les paroisses alentour avec leurs plus belles bannières, de religieux et d’ avocats venus de tous les pays. La procession part de Tréguier pour se diriger vers Minihy où elle rencontre celle venant de cette paroisse. A la croisée des chemins a lieu le spectaculaire salut des bannières.
«Dès le matin du grand jour, l’animation est extraordinaire : guirlande de verdure, fleurs, décorations aux couleurs jaunes et noires, arcs de triomphe. Des mendiants invraisemblables, un peuple de bohémiens en guenilles, grouille le long des chemins semés de fleurs : lépreux, nains, estropiés, amputés qui n’ont même plus une main à tendre et à qui l’on jette l’aumône dans une sébile posée à terre devant eux». (Constant de Tours- 1892)

Anatole Le Braz (1859-1926)
Né à Tréguier le 27 février 1823, Ernest Renan est destiné dès l’enfance à la prêtrise et après de brillantes études au petit séminaire de sa ville natale, jusqu’en classe de troisième, il est appelé par Mgr Dupanloup aux séminaires de Paris (Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Issy et Saint-Sulpice) où il se distingue par son intelligence et sa puissance de travail. Mais à l’heure de s’engager dans la prêtrise, il renonce au sacerdoce, à l’âge de 20 ans, travaillé par une profonde crise religieuse qu’il relatera dans ses « Souvenirs d’enfance et de jeunesse », ouvrage publié en 1883.
Dès lors, il gravira tous les échelons de la hiérarchie universitaire (agrégation, doctorat, membre de l’Institut à 38 ans), pour enfin accéder, après une carrière fulgurante, au Collège de France, à la chaire d’hébreu. Mais il est rapidement suspendu de ses fonctions, puis révoqué après son premier cours où, refusant la divinité du Christ, il présente Jésus comme « un homme incomparable ». Son rationalisme l’emporte alors sur son romantisme originel.
Quand paraît « Vie de Jésus » en 1863, suite à de nombreuses missions au Moyen-Orient, en Phénicie en particulier (1860-1861), premier volume de sa monumentale « Histoire des origines du christianisme », le scandale est immense, de portée universelle, et le succès de l’ouvrage exceptionnel. Il retrouve sa chaire en 1870, après la chute du Second Empire, dispensant ses cours à nouveau, poursuivant ses travaux et recherches, émaillés de publications importantes (« Qu’est-ce qu’une nation ? »), étendant son influence en Europe et dans le monde entier, jusqu’à devenir le maître à penser de toute une génération.
De 1885 à 1892, il passe ses vacances dans sa résidence d’été à Rosmapamon, à Louannec, près de Tréguier, s’attelant à la composition de « L’Histoire du peuple d’Israël », en cinq volumes, une de ses œuvres les plus magistrales.
Couvert de gloire et d’honneurs, administrateur du Collège de France, académicien, épousant sur le tard les idées républicaines, il meurt à son poste, au Collège de France, le 2 octobre 1892.
Sa statue commémorative fut inaugurée à Tréguier le 13 septembre 1903 dans une atmosphère d’émeute, les catholiques n’acceptant pas qu’elle fût érigée face à la cathédrale. En réparation de l’outrage subi, ses adversaires dressèrent l’année suivante, le 19 mai 1904, sur les quais de Tréguier, le calvaire de la réparation ou de la protestation.

Joseph Savina (1901-1983)
Né à Douarnenez en 1901, Joseph Savina rejoint en 1923 l’atelier d’ébénisterie réputé de Jean-Marie Le Picard (à qui succédera André Le Picard) à Tréguier. Diplômé « Meilleur ouvrier de France » en 1927, il crée dès 1929 « L’Atelier d’Art celtique » au 11 de la rue Saint-André.
Il va rapidement rejoindre le groupe des rénovateurs des arts décoratifs bretons, les « Seiz Breur » (Sept Frères en breton), et faire partie de leur aventure. Sa collaboration avec René Creston sera particulièrement fructueuse en matière de création de mobilier.
Sa deuxième grande passion sera la sculpture : elle le fera croiser Le Corbusier avec lequel il se liera d’une grande amitié jusqu’à la mort du célèbre architecte (1965). Il participe à l’ensemble de l’œuvre sculptée de ce dernier qui aura la délicatesse de la double signature JS/LC.
Expositions, recherches et travaux en commun jalonneront leur parcours, émaillé de séjours à Tréguier de Le Corbusier.
Joseph Savina prendra sa retraite en 1970. Son atelier, fort d’une dizaine d’ouvriers, sera repris par l’un d’eux, Michel Le Calvez, qui avait lui-même participé à la mise en œuvre des projets de Le Corbusier. Joseph Savina fut aussi à l’origine du premier syndicat d’initiative de Tréguier et fut adjoint à la culture de 1953 à 1959 sous la mandature de Charles Le Calvez.
Joseph Savina est décédé le 24 décembre 1983. Le lycée de Tréguier porte son nom.

Henri Pollès (1909- 1994)
Né à Tréguier en 1909, où il passe son enfance et une partie de son adolescence, Henri Pollès, comme beaucoup d’écrivains bretons de sa génération, est monté à Paris, d’abord pour y préparer l’agrégation de philosophie, ensuite pour y poursuivre sa carrière d’écrivain. Mais chaque été le verra revenir, en pèlerin fidèle, dans son penn-ty de Plougrescant, dont il avait hérité de sa mère.
Son premier roman « Sophie de Tréguier », prix Populiste en 1933, et qui lui apporta d’emblée succès et notoriété, sera suivi d’une quinzaine d’ouvrages, jalonnant sa vie littéraire et allant du roman au traité philosophico-politique.
Autant d’ouvrages salués par les meilleurs critiques du moment (M. Jacob, F. Mauriac, R. Kemp, K. Haedens, J.-L. Bory, etc.), tous unanimes pour souligner l’importance et l’originalité d’une œuvre conduite parallèlement dans un climat de passion pour le livre et tout ce qui s’y rattache, sa réputation de bibliophile s’ajoutant par la suite, notamment après la guerre, à celle de l’écrivain. Et c’est la ville de Rennes qui héritera, après sa disparition, de la totalité de son fonds livresque, soit de 30 000 à 40 000 volumes.
Les deux romans trégorrois, « Sophie de Tréguier » et « Sur le fleuve de sang vient parfois un beau navire » (grand prix du roman de l’Académie française en 1982), constituent un cycle romanesque unique construit autour de la seule ville de Tréguier, où le rêve et la réalité s’entrecroisent à travers une quête idéaliste fortement teintée de vertus celtiques.
Décédé en 1994, à Brunoy, dans l’incendie de sa maison, il sera inhumé peu après dans le vieux cimetière de sa ville natale.

Ernest Renan (1823-1892)
Né à Tréguier le 27 février 1823, Ernest Renan est destiné dès l’enfance à la prêtrise et, après de brillantes études au petit séminaire de sa ville natale jusqu’en classe de troisième, il est appelé par Mgr Dupanloup aux séminaires de Paris (Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Issy et Saint-Sulpice) où il se distingue par son intelligence et sa puissance de travail. Mais à l’heure de s’engager dans la prêtrise, il renonce au sacerdoce à l’âge de 20 ans, travaillé par une profonde crise religieuse qu’il relatera dans ses « Souvenirs d’enfance et de jeunesse », ouvrage publié en 1883.
Dès lors, il gravira tous les échelons de la hiérarchie universitaire (agrégation, doctorat, membre de l’Institut à 38 ans) pour enfin accéder, après une carrière fulgurante, au Collège de France, à la chaire d’hébreu. Mais il est rapidement suspendu de ses fonctions, puis révoqué après son premier cours où, refusant la divinité du Christ, il présente Jésus comme « un homme incomparable ». Son rationalisme l’emporte alors sur son romantisme originel.
Quand paraît « Vie de Jésus » en 1863, suite à de nombreuses missions au Moyen-Orient, en Phénicie en particulier (1860-1861), premier volume de sa monumentale « Histoire des origines du christianisme », le scandale est immense, de portée universelle, et le succès de l’ouvrage exceptionnel. Il retrouve sa chaire en 1870, après la chute du Second Empire, dispensant ses cours à nouveau, poursuivant ses travaux et recherches, émaillés de publications importantes (« Qu’est-ce qu’une nation ? »), étendant son influence en Europe et dans le monde entier, jusqu’à devenir le maître à penser de toute une génération.
De 1885 à 1892, il passe ses vacances dans sa résidence d’été à Rosmapamon, à Louannec, près de Tréguier, s’attelant à la composition de « L’Histoire du peuple d’Israël », en cinq volumes, une de ses œuvres les plus magistrales.
Couvert de gloire et d’honneurs, administrateur du Collège de France, académicien, épousant sur le tard les idées républicaines, il meurt à son poste, au Collège de France, le 2 octobre 1892.
Sa statue commémorative fut inaugurée à Tréguier le 13 septembre 1903 dans une atmosphère d’émeute, les catholiques n’acceptant pas qu’elle fût érigée face à la cathédrale. En réparation de l’outrage subi, ses adversaires dressèrent l’année suivante, le 19 mai 1904, sur les quais de Tréguier, le calvaire de la réparation ou de la protestation.